Alessandra Codinha - Josefina Muse #49

Alessandra Codinha - Josefina Muse #49

Alessandra Codinha a toujours un temps d’avance. C’est vers elle que l’on se tourne pour découvrir le livre, l’hôtel, le produit de beauté ou la pièce que tout le monde voudra bientôt connaître. Journaliste, éditrice et consultante créative, elle possède ce talent rare de repérer ce qui mérite vraiment notre attention, et de nous donner envie de nous y intéresser, avec intelligence, humour et une légèreté qui n’appartient qu’à elle.

 

Picture by @markleibowitzpictures

Son parcours l’a menée de Women’s Wear Daily, Into The Gloss et Harper’s Bazaar à Vogue.com, où elle a été Fashion News Editor puis Culture Editor, avant de devenir Style Director de Departures. Aujourd’hui, elle écrit pour de grandes publications et partage ses meilleures découvertes dans Here We Go, sa newsletter. Quand Alessandra recommande un livre, un hôtel ou une pièce, on prend note.

Désormais installée à Los Angeles et entrée dans un nouveau chapitre depuis la naissance de son fils, Woody, Alessandra se confie à Josefina sur le style, les magazines, les voyages, la grossesse et la réalité aussi joyeuse que déroutante des premiers mois de maternité.

Alessandra, vous êtes journaliste, directrice de style et collaboratrice de longue date de nombreux magazines. Comment avez-vous fait vos premiers pas dans la mode et l’écriture ?

J’ai commencé à faire des stages pendant mes étés universitaires, en essayant surtout de comprendre où était ma place. Je savais que la mode m’attirait, mais je ne savais pas encore sous quelle forme. J’ai donc touché à beaucoup de choses : différents postes dans plusieurs magazines, un passage auprès des équipes créatives de jeunes designers new-yorkais, puis l’assistanat d’une styliste — enfin, surtout de ses assistantes.

J’ai plus ou moins aimé chacune de ces expériences, mais je revenais toujours à l’écriture.

Après mes études, j’ai commencé comme pigiste chez Women’s Wear Daily à New York, avant d’être engagée comme journaliste pour la rubrique Eye, consacrée à la culture et aux soirées. J’ai très vite appris à connaître la ville, les grandes figures de la mode et tout ce petit monde qui gravitait autour d’elles. J’y ai surtout appris à écrire bien, et vite.

Quelques années plus tard, j’ai rejoint Into The Gloss, qui était alors une minuscule start-up éditoriale consacrée à la beauté, avec trois employés, je crois — bien avant que Glossier ne devienne le phénomène que l’on connaît. Je suis ensuite revenue vers la presse de mode pour assurer un remplacement au poste de Fashion News Editor chez Harper’s Bazaar.

J’y étais depuis environ six mois lorsque Sally Singer m’a appelée pour me proposer de rejoindre Vogue.com. Je n’ai évidemment pas hésité. Elle avait toujours été une immense source d’inspiration pour moi, aussi bien comme éditrice que comme personne — elle est exceptionnelle dans les deux rôles.

J’ai travaillé plusieurs années comme Fashion News Editor, puis j’ai pris la direction de la rubrique Culture entre 2016 et 2019. Je couvrais aussi bien la politique que l’art, les livres ou les voyages, pendant une période particulièrement mouvementée pour les médias culturels américains.

J’ai ensuite rejoint Departures comme Style Director. C’était un merveilleux magazine consacré au voyage, à la mode, à la culture et aux belles expériences proposées aux membres Platinum d’American Express. C’était probablement l’un des postes les plus amusants que j’aie occupés, jusqu’à ce que le magazine cesse de paraître pendant la pandémie.

Aujourd’hui, je vis à Los Angeles et j’écris pour différentes publications : des portraits de couverture, des récits de voyage, des sujets sur la beauté et le bien-être, mais aussi sur les intérieurs et le design.

J’ai également une newsletter Substack, Here We Go, dans laquelle je rassemble toutes mes recommandations en matière de culture, de mode et de voyage. L’idée est très simple : écrire le genre d’e-mail que j’aurais moi-même envie de recevoir. Depuis la naissance de mon fils, le rythme est devenu un peu moins régulier, mais je travaille à le retrouver.

Picture by @katemoorephotos

Quels designers, auteurs, créatifs ou références culturelles ont le plus façonné votre esthétique et votre regard sur la mode aujourd’hui ?

Quand je regarde mon dressing et que j’essaie d’en trouver le fil conducteur, il y a clairement quelque chose du Los Angeles des années 1970. Un peu d’un film de Hal Ashby, peut-être un peu d’Éric Rohmer.

J’aime le denim, les chemises boutonnées, les minijupes, les sandales plates, les cheveux longs et une beauté très simple. Lorsque je vivais à New York, je portais davantage de micro-shorts, de tee-shirts vintage et les vestes Chanel de ma mère. Autre décor, même fille.

Je n’aime pas porter des vêtements auxquels je dois trop réfléchir.

Dans ma façon d’aborder la mode, je pense qu’il est essentiel de rester curieux et d’aller chercher ses références un peu partout. Internet, et plus particulièrement les réseaux sociaux, a provoqué une sorte de grand nivellement culturel qui me déprime franchement.

Autrefois, on pouvait aller à Paris, Stockholm, Tokyo ou New York et retrouver dans chaque ville des codes vestimentaires très différents. Aujourd’hui, tout est en ligne, nous nous observons constamment à travers nos téléphones et, forcément, tout finit par se ressembler.

J’espère que les prochaines générations se déconnecteront davantage et que nous pourrons découvrir ce qu’elles inventeront sans que les algorithmes viennent s’en mêler.


Picture by @katemoorephotos

À quoi ressemble une journée typique ? Comment équilibrez-vous travail, vie sociale et famille ?

L’équilibre ? Excellente question… J’y travaille !

Les bons jours, je me réveille avant le bébé, mais cela arrive peut-être une ou deux fois par mois. Il a presque sept mois. La plupart du temps, je me réveille en même temps que lui et je passe la matinée avec lui.

Je fais du sport, je prends mon petit-déjeuner, je réponds à mes e-mails et j’essaie d’avancer sur ce qui doit être fait pendant ses siestes ou jusqu’à l’arrivée de la nounou.

Nous avons une nounou depuis peu et cela a complètement changé les choses. Avant, j’avais au mieux quatre-vingt-dix minutes par jour pour écrire. Maintenant, lorsque tout se passe bien, j’ai au moins un après-midi entier — une fois les courses, les rendez-vous et toute l’intendance du quotidien déduits.

J’essaie de retrouver des amis pour déjeuner ou marcher dès que je le peux. Je vis à Beachwood Canyon, dans les collines près du panneau Hollywood, donc une simple promenade dans mon quartier est déjà une randonnée.

Et j’aime toujours autant sortir dîner, mais idéalement tôt. Vers 18 heures. Je sais qu’en France, c’est presque une hérésie, mais à Los Angeles, je vous promets que c’est tout à fait normal !

Picture by @katemoorephotos

Quelle est la pièce vintage la plus précieuse que vous possédez, et quelle histoire se cache derrière ?

Mes bagues ! Elles appartenaient à ma grand-mère et je les porte tous les jours.

Votre boutique vintage préférée à Paris ou à Los Angeles ?

Thanx God I’m a VIP à Paris et Scout Vintage à Los Angeles ! Et à New York, Amarcord Vintage et Marlene Wetherell.

Votre restaurant préféré ?

J’adore les restaurants, donc ma liste change souvent. Mais voici quelques valeurs sûres : A Tí et Chainsaw à Los Angeles, Balthazar à New York, Gus and Marty’s à Williamsburg, Bell’s à Los Alamos en Californie, et La Copine à Joshua Tree.

Et puis il y a quelques excellents food trucks de tacos et certains restaurants de sushis cachés dans des centres commerciaux que je devrais vous montrer en personne.

Picture by @lacopinekitchen

Conseils pour les futures mamans pendant la grossesse ?

Dormez autant que possible. Et bougez autant que vous le pouvez !

J’ai fait de la musculation, de la randonnée et de la marche tous les jours, et j’ai été très heureuse de l’avoir fait. La maternité, c’est très physique.

The Sculpt Society propose un excellent programme prénatal, filmé avec des coachs enceintes. Il est vraiment très bien.

Pour prendre soin de soi : massages, acupuncture et beaucoup plus d’eau que ce qui vous semble raisonnable. Privilégiez les aliments biologiques, complets et peu transformés, mais faites-vous plaisir lorsque vous en avez envie.

Et surtout, par pitié, essayez de rester loin d’Internet ! Reddit n’est pas votre ami.

Comment définiriez-vous votre style ? Des conseils pour s’habiller pendant la grossesse ?

N’achetez pas une garde-robe entière de vêtements de grossesse. Vous ne les porterez que quelques mois et il y a de fortes chances que vous ne les aimiez pas tant que cela non plus.

Choisissez plutôt une ou deux pièces que vous avez réellement envie de porter : de belles couleurs, de belles matières, des vêtements dans lesquels vous vous sentez vous-même.

N’ayez pas peur des imprimés ni de la couleur. Assumez pleinement cette nouvelle silhouette : elle est temporaire, alors autant s’amuser avec elle !

Qu’aimez-vous le plus dans la maternité ?

Mon fils, Woody ! Il me surprend et m’émerveille chaque jour.

Et aussi les vêtements pour bébé. Je prends un plaisir fou à l’habiller.

Picture by @katemoorephotos

Quel est le plus grand défi en tant que maman ?

Le manque de sommeil, les bouleversements hormonaux, le manque de temps pour lire, les muscles endoloris et cette sensation que votre cerveau a été entièrement reconfiguré.

Il m’a probablement fallu six mois avant de retrouver la capacité de réfléchir vraiment en profondeur. Et, honnêtement, je n’ai toujours pas l’impression d’être complètement revenue à mon niveau d’avant.

Et puis, drame absolu pour quelqu’un qui aime autant voyager que moi : prendre l’avion et séjourner, même dans la plus belle chambre d’hôtel, avec un nourrisson… ce n’est pas exactement reposant.

Qui vous inspire en tant que mère ?

Ma mère ! Elle est toujours calme, sereine et parfaitement maîtresse d’elle-même, tout en étant aimante, charmante, généreuse et chaleureuse.

Mais, honnêtement, toutes les mères m’inspirent. Je n’en reviens toujours pas que nous fassions tout cela, chaque jour. C’est incroyable.

Rien ne m’a davantage convaincue que la maternité que les femmes devraient diriger le monde.

Quel sac Josefina avez-vous choisi et pourquoi ?

Le sac à dos noir tressé, parce qu’il est superbe et qu’il n’a absolument rien d’un sac à langer. Dieu merci !

Picture by @katemoorephotos

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