Inès Leonarduzzi - Josefina #27

Inès Leonarduzzi - Josefina #27

Inès Leonarduzzi embodies the chic and power of women. She arrived in Paris almost 10 years ago with no contacts. Today, she is a talented entrepreneur and a true enthusiast, especially for art and literature. This independent woman learned on her own and surrounded herself with the right people to lead her battles.

In 2017, Inès founded the NGO Digital for the Planet. This CEO promotes digital ecology in the world, guiding people in creating a more responsible future and encouraging us to think, especially on digital innovation.

This digigirl is also the creator of Preserve Yourself, a platform about personal development to help you improving yourself every day.

More recently, Inès published her first book, Réparer le Futur (literally Fixing the Future), to help us get familiar with ecology and offer solutions for a better future.

This multifaceted, elegant and committed new mom inspires us every day. She is the Josefina of our February Issue.

Fondatrice et CEO de l’ONG Digital for the Planet, auteure, femme des réseaux sociaux, oratrice hors pair dans de nombreuses conférences et évènements… vous êtes une véritable inspiration pour les femmes. Quel est votre parcours ?

Je pense que seules les personnes qui admettent les failles derrière leur succès peuvent réellement inspirer, car on a besoin de sentir que cette personne est humaine, qu’elle n’a pas toujours été dans le succès et qu’elle présente des vulnérabilités. L’envers du décor, c’est que pour obtenir mes succès, j’ai extraordinairement échoué plein d’autres projets. Réussir, c’est travailler dur, s’accrocher quand ça ne prend pas et quand on se sent tout seul. C’est continuer à y voir un intérêt parce que le projet qu’on a choisi nourrit qui nous sommes. On l’a dans la peau, on ne peut pas vivre sans. Pour cela il faut connaître les contours de soi, ses montagnes et ses tempêtes intérieures, mais aussi sa lumière. Beaucoup de personnes oublient d’explorer leur lumière, ou pire, la taisent de peur de briller plus que les autres et donc, paradoxalement, de déplaire ; et ceci est une première erreur sur le chemin de la réussite.

En ayant dit tout ça, j’ai déjà beaucoup dit de mon parcours. On a appris à nous définir par les écoles et les entreprises qu’on a faites, je crois qu’on apprend plus sur quelqu’un en connaissant son parcours personnel. Je viens de Normandie, j’ai grandi dans une famille simple loin du domaine où j’évolue aujourd’hui et qui malgré les épreuves qu’on pouvait vivre, m’a transmises des valeurs sans lesquelles je ne pourrai plus vivre et le goût des choses bien faites. J’ai voyagé autant que j’ai pu. C’était aussi une question de survie intellectuelle pour moi. Plus jeune, il m’est arrivé de vivre avec 10€ par semaine, je comptais les centimes et je parvenais à bien vivre. Je multipliais les jobs, ce qui m’a fait découvrir plein d’univers différents. J’étais très heureuse. Arrivée à Paris, je ne connaissais personne. Ce qui m’a mené jusqu’ici, c’est sans doute le fait que je n’ai reculé devant aucune de mes idées. Aucune ne m’a fait peur. Et comme je n’avais rien à perdre, j’avais inconsciemment décidé que tout, littéralement, m’était possible.

On découvre avec beaucoup d’intérêt vos actions en matière d’écologie digitale. Pourriez-vous nous donner quelques chiffres clés?

La pollution numérique a l’air de rien dans le quotidien car elle est invisible à l’œil nu, c’est en cela qu’elle est insidieuse. Le cerveau humain n’est a priori pas câblé pour ressentir des dangers que les sens ne perçoivent pas. Toujours est-il qu’il nous faut trouver des réponses objectives aux conséquences dramatiques de la fabrication des appareils électroniques, et donc de l’extraction de terres rares et les pauvres conditions de travail de familles entières et d’enfants en RDC, en Bolivie ou encore en Mongolie Intérieure.

Il y a aussi les enjeux de pollution numérique intellectuelle, comme notre capacité de plus en plus faible à lire des textes longs, dû au référencement privilégié des textes courts – car qui dit textes courts dit plus de contenu différents à proposer et plus de publicité à placer, donc plus d’argent pour les GAFA. Dans le même temps, nos capacités cognitives sont mises à mal, du fait des mauvais contenus dont parfois on s’abreuve quotidiennement, sans parler des enjeux de l’addiction et de la rupture du cycle circadien qui affecte notre santé si on utilise mal nos écrans. Enfin les enjeux de pollution numérique sociétale qui uniformise dangereusement nos gouts jusqu’à formater nos idéaux commerciaux et politiques, sans même qu’on s’en aperçoive vraiment, via les bulles de filtres, par exemple. Je parle de tout cela dans mon livre « Réparer le Futur ». J’ai voulu écrire un livre complet mais écrit simplement pour qu’il puisse s’adresser à tout le monde. L’idée n’est surtout pas de dire que le numérique est mauvais et qu’il faut s’en débarrasser. Je suis une enfant d’Internet, j’ai grandi avec, je m’en sers quotidiennement et j’adore cela. En revanche il faut en initier le futur, en trouvant des réponses à ses impacts négatifs. C’est tout le propos de nos actions chez Digital For The Planet. Nous agissons sur l’éducation et sur la législation des pays, accompagnons les entreprises à changer leur regard et usages.

Pourquoi avez-vous décidé de mener ce combat?

De la même manière qu’on tombe amoureux. Je n’en ai aucune idée. Je savais que c’était un sujet pour moi, à l’instant où il était apparu dans ma tête.
Ce sentiment s’est confirmé quand j’ai réalisé qu’aucune organisation internationale ne traitait le sujet, que tout ceci était absent des législations françaises et étrangères, qu’en entreprises, on n’en parlait pas. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose.

Quels conseils pourriez-vous donner aux entreprises mais aussi à nos lectrices en matière d’écologie digitale ?

Lire mon livre (rires). Non sérieusement, je pense que c’est un bon début pour mieux comprendre tout le spectre du sujet et apprendre à de nombreux niveaux.
Faire durer le plus longtemps possible ses appareils, en prendre soin. Ils sont fabriqués au prix de vies et chaque appareil fait 4 fois le tour du monde entre sa fabrication et son arrivée dans nos poches.
Utiliser le wifi plutôt que la 4 ou 5G. Ça consomme jusqu’à 23 fois moins d’énergie.
Si on a fait tout cela, c’est déjà beaucoup.

Il y a un peu plus d’un an, vous êtes devenue maman du petit Ulysse ; comment avez-vous trouvé votre nouvel équilibre avec l’arrivée d’un enfant ?

Devenir maman est l’expérience la plus intense que j’ai vécue. C’est comme être dans un tsunami constamment. J’adore être maman. En le devenant, je me suis découvert une passion pour les enfants et aujourd’hui j’espère un jour en avoir d’autres. C’est assez merveilleux même si c’est aussi très difficile par moment. J’ai énormément appris à me respecter en devenant mère.
En tant qu’entrepreneure et maniant une vie avec plusieurs jobs, je me suis aussi aperçue être le genre de maman qui n’aime pas être loin de ses enfants. J’ai annulé une tournée à l’étranger pour mon livre car il était impossible d’emmener Ulysse et j’ai réalisé que mon corps était en incapacité totale de partir aussi longtemps si loin de lui. Je suis donc le genre de maman cliché, dont on dit qu’elle s’oublie, qu’elle est trop dévouée, bref pas moderne du tout en somme. Et je trouve dommage qu’on fasse croire aux femmes qu’il faut être soit indépendante soit dépendante. Ma vie professionnelle est centrale pour moi mais j’aime aussi être à la maison, couver, jouer, préparer à manger, toutes ces choses et ce, au quotidien. Ça me va bien. J’ai l’habitude de dire que je suis mi-amazone mi-geisha (rires).

Je suis à la fois une femme libre et indépendante mais aussi dévouée aux miens et présente. C’est important pour moi. C’est un équilibre qui me convient bien. En vérité je pense que beaucoup de mères se retrouveront en cela, c’est juste qu’on vit dans une société qui nous demande de choisir un camp, mais au fond il n’existe que le camp où l’on se sent le mieux, je crois. Du coup cela implique évidemment de faire des choix. Je choisis les événements où je me rends et les personnes que je vois, car la journée en semaine, je travaille sans interruption. C’est le moyen que j’ai trouvé pour être à la maison et pleinement présente le soir et le week-end autant que possible. C’est une démarche très personnelle de trouver son équilibre. Il n’y a pas de méthode qui vaille plus qu’une autre. Je m’octroie aussi des journées, quelques fois des week-ends rien que pour moi, et je coupe avec tout et ne m’occupe que de moi.
C’est une méthode qui permet d’aller à l’essentiel. Bien sûr, j’aimerais démultiplier le temps car j’en manque constamment (rires), mais je me contente de ce que j’ai. C’est déjà bien.

Quelles sont les femmes qui vous inspirent et pourquoi ?

Les femmes franches du collier, profondément elles-mêmes, qui plaisent, justement parce qu’elles ne font rien pour plaire. Je trouve ces femmes follement sexy. J’aime aussi les femmes qui savent être des hommes, comme ma mère l’a été, autant que j’aime les hommes qui savent aussi être des femmes, comme mon amoureux. Ces gens-là sont rares, et très beaux je trouve. Il faut avoir fait le tour de soi, en tout cas se connaître pas mal et s’aimer suffisamment pour parvenir à cela, et ça c’est fabuleux. C’est dur de s’inspirer d’une personne qui a encore des remparts en elle. Ça bloque.

Quelles valeurs avez-vous envie de transmettre en tant que femme et maman ?

Se respecter soi-même et respecter les autres.
Être gentil avec les gens, on ne sait pas ce qu’ils vivent, en silence dans leur vie. Beaucoup de gens qu’on peut malmener sont fragiles, tristes, essuyant des douleurs. Il faut avoir de l’empathie, de la décence face à cela.
Se servir de son cerveau autant que possible ; c’est une machine fabuleuse qu’on traite trop souvent comme un accessoire facultatif.
Et puis avoir de l’humour. Rire au quotidien, ça tue l’ennui, ça rend heureux et moins malade. Ça rend sympa aussi.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans la vie en tant que femme ?

L’idée d’avoir accès aux secrets de l’univers, ne serait-ce qu’en pouvant donner la vie. Les femmes sont de loin les êtres vivants les plus complexes, et je pense, les plus puissants. Si les hommes ont de tout temps, de toute civilisation, désiré à contrôler les femmes, ce n’est pas parce qu’elles sont faibles, c’était au contraire parce qu’elles sont puissantes. Quand on comprend cela, on change de fait toutes les perspectives. Et cette puissance, les femmes savent ne pas s’en servir pour écraser les autres. Au contraire, elles tendent à exprimer davantage un esprit de protection et de conservation.
J’adore les hommes, et toute la diversité dont l’humanité recèle, mais je pense que c’est magnifique d’être une femme !

Quels sont vos endroits préférés à Paris ?

Chez moi, dans le 13eme. Je rêvais d’une terrasse à Paris. C’est le seul luxe que je possède et j’y passe autant de temps que je peux.
J’adore le jardin des plantes, les Tuileries, le Louvre, le musée d’Orsay et le musée du quai Branly, pour ses arts premiers. Je mesure la chance de vivre à Paris alors j’en profite. Les quais, notamment les quais Saint Bernard où l’été l’on danse la salsa en plein air avec ses amis. J’y traine tout le monde là-bas le soir en été.
J’adore déjeuner chez Marcelo dans le 6eme, prendre un bon petit déjeuner chez Laperouse à l’hôtel de la Marine. Je traîne aussi beaucoup du côté du 9eme et du 10eme, comme nos bureaux sont rue Cadet. A midi je commande souvent des raviolis faits-maison chez Sweet Raviolis rue Montmartre. Je déjeune chez Richer, Nanashi, j’aime bien dîner chez les Affranchis, chez l’Ami Jean ou encore à l’Affable. J’ai récemment dîné chez Gigi, avenue Montaigne, on n’y va pas tous les jours mais pour se faire plaisir et danser en dînant c’est fabuleux. On oublie qu’on est à Paris, même si on a une vue dégagée sur la Tour Eiffel.

Parlons un peu de mode, quelles sont vos pièces favorites ?

Je m’habille souvent pareil. Soit en jean, pull et basket. Soit en robe longue. Soit pantalon en tailleur et veste. Pour être un peu plus chic, parfois, je remplace mes baskets par mes plateformes Stella McCartney en cuir vegan. J’achète peu, j’ai surtout des pièces vintages, comme deux gilets Dior en laine ou encore une cape beige Valentino que j’ai trouvé à Rio de Janeiro dans un dépôt vente. J’ai les mêmes jeans depuis 10 ans et je les répare. J’ai un compte sur Vestiaire Collective où je chine aussi.

Quel modèle Josefina avez-vous choisi et pour quelles raisons ?

J’ai choisi le black large.
Je l’ai choisi parce qu’il est grand et j’ai souvent plein de choses à trimballer avec moi. Soit je sors les mains dans les poches, soit j’ai besoin de prendre des choses pour moi et pour mon fils. Il est élégant, il passe partout et il est robuste. Quand je pars en week-end, il me suffit.

Que contient votre Josefina ?

Mon portefeuille et mon téléphone, un livre, des gâteaux et du lait pour Ulysse, mon ordinateur, des couches et du linge de rechange. Au moins 6 tétines.

Crédit photos :
Crédit 1 et 2 : Zoé Fidji pour Le Prescripteur
Crédit 3 et 5 : Paul Gaiffe
Crédit 4 : Ines Leonarduzzi
Crédit 6 : Emma Hyphen